Waxtao a dit
Mes plus belles claques musicales je les ai prises dans des champs avec de la techno/trance, ou dans des soirées jungle, drum&bass, dubstep avec des subs qui te faisait péter les poumons!
Evidemment, j'aurais pu le deviner sans que tu en parles... c'est pour ça que t'es sourd
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, comme beaucoup de producteurs (tu connais la blague du producteur qui doit forcément se réincarner en serpent : ne crache que du venin, tellement visqueux qu'on ne peut jamais l'attraper et n'a pas d'oreilles).
Je ne suis pas très copain avec les agents non plus, d'ailleurs et j'ai fréquenté les plus grands (qui faisaient tourner McLaughlin, Cobham, Metheny, et aujourd'hui Brian Blade, entre autres).
Pour moi, beaucoup d'entre eux ne sont que des musiciens frustrés qui n'ont pas réussi dans le monde de la musique et se font de la thune sans vergogne sur le dos des zicos qui eux, ne pensent qu'à jouer. Des genres de mères maquerelles, en gros. Mais il en faut, et un leader qui n'a pas d'agent ou de tourneur de nos jours n'existe pas.
Beaucoup de choses dites sur la musique de masse qui se danse oui (comme le jazz au départ !). Mais cette musique de masse n'a cessé de s'appauvrir. Je suis un fan d'art abstrait, mais de nos jours, rythmiquement et harmoniquement, on frôle le carré blanc sur fond blanc... avec 90 ans de retard (Malevitch, 1918) !
En musique, le jazz a reprit les fondements rythmiques de l'Afrique, des Caraïbes et des indiens même (les bayous de la Nouvelle Orléans). Lorsque le jazz est passé de musique dansée à une musique de concert, les rythmes se sont accélérés, et les compositeurs sont allés chercher l'utilisation de la 13e bémol, des accords tendus chez Stravinsky, Messian, Dutilleux...Oui, c'est une musique savante ! Et alors ? Les années 1960 et 70 ont vu avec le rock et le funk l'émergence de musiques plus simples et hyper dansantes. J'ai l'image de "Bird" (Clint Eastwood) où Forest Whitaker qui joue le rôle de Charlie Parker prend le sax d'un copain à lui qui a "viré" dans le Rhythm & Blues pour souffler dedans afin de vérifier s'il peut en sortir plus d'une seule note...
Fabuleuse scène qui résume pas mal le sujet.Comme celle (dans le même film) d'un autre saxophoniste voyant Parker en pleine action dans un club, va jeter son sax dans le fleuve.
Et là, on parle de Clint Eastwood qui n'est certes pas de la génération de Waxtao mais nous a offert de superbes sujets de société, en pianiste "frustré" et amoureux du jazz qu'il est.
Dans le genre masse, j'aime bien écouter Mika (Matt Chamberlain on drums !), Pink, Kravitz, Gorillaz... le duo de Lady Gaga (avec Tony Bennett, preuve que même elle est capable de jouer du piano et de chanter plutôt bien du jazz, ce qui la crédibilise auprès de tout un public qui pourrait se contenter de la descendre), et même la reprise de "Je l'aime à Mourir" par Shakira (les thunes qu'il a dû se faire, le Francis)
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mais les Black Eye Peas et tout ce qui touche à l'électro sont (pour moi) en train de flinguer la musique acoustique ET électrique.
On arrive aujourd'hui sur scène en trio (sax, contrebasse, batterie) et les ingés-son décérébrés commencent la balance (que la salle fasse 200 ou 2 000 places) en mettant les enceintes à fond avec des subs ! What's the fucking point ?
Des jeunes qui n'ont pas compris qu'il n'était pas forcément la peine de grossir (voire de doubler) le spectre sonore de la basse dès qu'elle descend sous 100Htz !!!
De mon point de vue, cela tue la musique qu'elle se veuille acoustique au départ ou électrique.
Lorsque je vais aujourd'hui à un concert, les fréquences basses prennent tout (le groupe Eels, à deux, à la Cigale... on ne comprenait rien et ils étaient impuissants devant le dictat des ingés-son) et c'en devient insupportable.
Idem lors d'une soirée privée, récemment, un mariage feuj où il y avait un groupe de reprise pour la danse et un 4tet de jazz pour le cocktail. A la pause, alors qu'ils passaient un CD, non seulement la voix de Sinatra était bouffée par les subs (dès que la contrebasse passait sur la corde de mi, et les mecs du son ne l'entendaient pas !!!) mais, dès que le 2e groupe a commencé à jouer, tout le monde s'est éloigné de l'orchestre tant ça jouait fort et grave, seuls une dizaine de jeunes restant les oreilles collés aux enceintes en secouant la tête... Magnifique spectacle et bonjour les dégâts pour les oreilles !
La faute à qui ? A l'électro !
On parlait de créativité et de faire avancer l'instrument. Elle peut exister partout et forcément, les batteurs ne jouent plus en 2012 comme ils jouaient en 1940. Mais à cette époque, il y avait un son de groupe, et pas de retours ! Une façon de faire qui a continué dans les années 1970 où seuls les amplis servaient de retour.
Aujourd'hui, tout le monde veut s'entendre à fond dans SON retour et jouer sa petite partie sans trop écouter l'autre, en respectant au max l'esprit et le son du disque (même tempo, même son) pour ne pas que le public ne soit perturbé... créatif ou rébarbatif ?
Waxtao a dit
Je relance le débat sur l'électro dans un sens large du terme.
Pour moi c'est la oui il ya innovation:
Dans le traitement du son et l'approche synthétique de la matière sonore.
Comment un batteur qui achète une batterie en magasin s'y retrouve-t-il ensuite ? Je reçois des lettres de mecs qui me disent : "Je ne comprends pas, j'ai acheté une table de mixage et des enceintes et je n'ai pas le son du dernier groupe X ou Y..."...!!!
Les sides-chains avec les basses pour l'effet de pompe caractéristique de l'électro actuelle; injouable en live
On y vient, tu parles uniquement d'un travail en studio qui met la barre de plus en plus infranchissable pour de vrais musiciens ! Donc y-t-il création, ou destruction ?
Pour moi c'est l'utilisation de techniques de mixage et de post-prod qui est innovante plus que le jeu lui même.
Cette fois, à moi de te dire que tu ne connais pas les batteurs qui se donnent les moyens de continuer à créer sur l'instrument (des effets d'accéléré et de ralenti, par exemple, tout en restant dans le même tempo, comme Dan Weiss ou Chris Dave peuvent le faire... et CE N'EST PAS DU FREE, le free impliquant (pour moi) qu'il n'y a pas de tempo, même suggéré.
Pour résumer, je pense que personne n'a raison ni gagné, mais j'ai (grâce à vos MP et les posts de chacun) réussi à me faire une idée du panel et sans faire de psy à deux balles, je constate à nouveau que seule la frustration de ne pas pouvoir (ou avoir pu) accéder à un certain niveau de connaissance (je m'inclus dedans pour tout ce qui est électro ou machines) amène à prêcher pour sa paroisse.
Je continue donc (pour ma part) à me faire entuber par les agents, brimer par les producteurs, à dealer avec certains ingés-son (qui décidément n'ont rien compris) et à bosser mon instrument pour arriver à jouer ce que les machines nous dictent de plus en plus, jour après jour.
Tiens, pour les connaisseurs, voici le lien d'un site d'ingés sons (des bons, ceux-là) qui, après avoir analysé certaines prises de son de Vinnie Colaïuta sur Pro Tools, ont conclu qu'il se montrait aussi précis que la machine, à 0,5ms près...
Lorsqu'on parle de chirurgical ! Un backbeat au scalpel !!!
http://www.houseofdrumming.com/phpbb3/v ... 8b3cd25745" onclick="window.open(this.href);return false;
Rapide calcul : 50/96000 = environ 0.5 millisecondes, c'est à dire bien en dessous des temps de décalages perceptibles par une oreille humaine qui servent aux effets de reverb par exemple.
On parle là du mec qui doit amasser le plus de boulot à la batterie actuellement, dans TOUS les styles. Va lui dire, à lui, que c'est grâce aux machines que la batterie avance...
Et pour finir,
faire avancer l'instrument (tout en jouant de la musique), ça veut dire laisser une empreinte suffisamment visible et profonde pour que des générations de batteurs (puisqu'on parle de batterie) s'en inspirent par la suite. Une fois que Questlove a prouvé qu'il pouvait (en live) se montrer aussi régulier qu'une machine et que Vinnie fait pareil en déboulant du 7 pour 4, à part booster le son jusqu'à en déformer l'essence... Nous serions donc en plein destructivisme, une période qu'a connu l'architecture après les styles Haussmannien et Art Déco...
Un peu de culture ne peut nuire, n'est-ce pas ? Ceci n'est pas HS, du moins je pense... et ce n'est pas du Wiki non plus
C'est une toute petite partie la thèse d'un étudiant en architecture :
"Avec l’étude des styles Haussmannien et Art déco, je me suis aperçu qu’au-delà de la contrainte, c’est l’art qui s’exprime. Il y a ici un certain paradoxe car les attentes de la population, pour qui sont construits ces édifices, sont toujours les mêmes, alors qu’on observe une grande différence sur le style. Ainsi, un mur à qui on demande de séparer la ville et le logement peut-être traité de manières différentes selon chaque époque, alors que sa fonction est identique !
L’idée de l’évolution des styles n’est, bien évidement, pas nouvelle. Mais au XXème siècle, un philosophe français: Deleuze, a initié le phénomène de déconstruction en architecture. Suivi par des architectes comme Lérida, ils ont critiqué le passé puis essayé de nouvelles théories de déstructuration de l’espace (comment déstructurer un espace non matérialisable ?). Arrivé à la fin de leur raisonnement, ce courant, le destructivisme, s’est rendu compte que ce n’était pas possible et que, à chaque génération, une nécessité de faire du jamais vu se faisait sentir. Ils décrivent alors ce besoin d’invention qu’ils ont observé, comme issu d’une démarche de questionnement et non de rupture.
Les avancées se font donc par compréhension et non par abandon du passé!"
Ouf, je ne suis pas le seul à penser ça
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