Hé les gars, relaxez, ou mon fils va vous rétorquer que y'a que la vérité qui blesse
1 : Je n'ai pas initié ce topic, c'est Heikki qu'y a pris au vol une idée écrite, qui n'était qu'un avis, forcément lancé par rapport à mes convictions.
Si ce ne sont pas les vôtres, cela ne m'empêchera pas de continuer décrire ou de parler de ces convictions qui sont entre autre nourries par les rencontres que j'ai faites (lors d'interviews) avec parmi les musiciens les plus respectés d'un certain type de musique.
Il est sans doute vrai que cela me conforte dans une certaine vérité, le cheminement est logique car je respecte moi-même énormément tous ces musiciens.
Dans les interviews que l'on me demande de réaliser, je questionne souvent de façon à m'éclairer constamment sur ces sujets et les réponses que j'obtiens de la part de ces "gens-là", me font avancer plus que celles que pourraient m'apporter celle d'Ellipse (merci pour le lien, intéressant sur plein de plans qui me permettent de mieux comprendre don discours sur la création) ou D Lasserre, car ce travail ne m'apporte rien. Je ne vais pas me forcer, tout de même ?
Pourquoi ne m'apporte-t-il rien ?
Parce que je n'y vois rien que je ne connaisse déjà, que je n'ai déjà vu, analysé et j'irai même jusqu'à dire, intellectualisé et compris. Mais surtout, cela ne me touche pas.
Manque de plein de choses qui me touchent. Profondeur, charisme, émotion dégagée... toutes ces choses qui ne s'apprennent pas et sont innées, selon moi.
Et si cela avait été un blindfold, j'aurais dit la même chose. Je suis sincère.
Ce sont mes oreilles qui parlent, pas mes yeux.
Mais qui se fout de mon avis ?
Moi, je me moque bien du vôtre...
Je le respecte, il m'inspire pour de futurs papiers sur "Mon Point de Vue" (donc je ne perds pas mon temps)
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, mais il n'altère en rien mes convictions.
Ai-je le droit, même sur un forum ?
Je n'évolue pas en autarcie sur un forum (où j'ai tout de même un peu l'impression que les habitués se plaisent à se flatter mutuellement, ce qui est légitime) et suis effectivement jugé en rapport à ce que je dis, écris, joue ou fais.
Ce dernier verbe me paraît essentiel.
Mais sachez que je ne joue pas les profs avec qui que ce soit. Ce forum sera lu par d'autres, et ils auront leur propre analyse... Je donne juste mon sentiment et je ne vois pas d'autre moyen (en tapant vite et sans me relire) que de le dire de façon un peu brut de décoffrage.
Quelques réflexions vont suivre qui peuvent aider à comprendre ma vision (du coup, mes propos, relus, peuvent prendre un autre sens et éviter la parrano et l'éventuel complexe évoqué par Pento)
Tout dépend des mots que l'on utilise.
Pour moi, le verbe "faire" est déjà vecteur d'énormément de choses.
Je fais de la musique. Ellipse aussi, indéniablement. Et Captain Caverne aussi, je n'en doute pas.
On a juste une idée différente sur : je "crée" de la musique.
Terme hautement prétentieux pour des musiciens qui ressentent le besoin de s'exprimer sur scène ou de jouer (quel beau verbe !) avec d'autres ou en solo. Quel besoin a-t-on de créer obligatoirement ? Aucun, d'accord avec machin !
Je me considère personnellement comme un artisan. Qui connaît une façon de travailler dans le domaine musical et essaie de livrer le meilleur résultat selon le contexte. Mais je ne crée rien et ne laisserai aucune trace historique de mon travail. Le talent, pour moi, se situe bien au delà de cette simple connaissance, si poussée soit elle, de la pratique d'un instrument.
Là où j'ai étudié, on m'a dit : "ici, on tente de vous apprendre tous les moyens de vous exprimer en musique, mais on ne vous apprendra jamais le talent. Le talent ne peut venir que de vous-même".
Voici quelques comparaisons humblement postées pour aider à comprendre mon système de pensée et ma sensibilité :
Mode (Haute Couture / Prêt à porter)
Voir la scène de "The Devil Wears Prada" où Glenn Close (en professeur tyrannique) explique à sa jeune recrue que son pull bleu, avant de se retrouver 5 ans plus tard dans un magasin lambda, a été inspiré par un modèle "créé" par un grand couturier.
Génie
Voir la scène dans Amadeus où Antonio Saliéri (compositeur correct qui ne "crée" rien de bien nouveau) mesure tout le génie innovateur, créatif de Mozart qui semble directement "inspiré par Dieu"
Architecture
Le Corbusier, Arne Jacobsen, Renzo Piano, Jean Nouvel, Andrée Putman (déco) et tant d'autres ont laissé et laissent encore une véritable trace dans le monde de l'architecture, comme bien d'autres avant eux. Cela n'empêche pas d'autres bons architectes de "créer" des maisons (Phoenix ou "d"archi"), voire des immeubles ou des péages d'autoroute.
Mais ils ne laisseront comme trace que la maison qu'ils ont fait et que d'autres auraient pu faire, avec des critères certes différents, mais absolument pas révolutionnaires ni dignes d'être remarqués par le plus grand nombre.
Médecine
Le professeur P L (un proche de ma tendre et chère, aujourd'hui décédé) avait trouvé un moyen de soigner les anévrismes du nourrisson. Il avait créé, inventé un moyen de passer par les voies vasculaires et a sauvé des dizaines de vie, et restait l'un des seuls à pouvoir opérer de cette manière. Il a formé de bons médecins qui poursuivent son travail. Ils n'ont rien créé, ils font.
Artisanat
Un compagnon sait concevoir, dessiner, construire un escalier en colimaçon dans la tradition des ouvriers des cathédrales. Il ne crée rien d'autre qu'un nouvel escalier sur des critères qui existent déjà. Mais ce sera SON escalier. Comme dirait l'autre : C'est moi qui l'ai fait !'
Un ébéniste se targue de connaître toutes les essences de bois, connaît la marqueterie et "fait" du meuble (pas de l'agencement de cuisines). Il évolue dans un milieu où son travail se doit d'avoir un rendu de finition et d'apparence bien spécifiques. Il ne crée que des formes par rapport à ce que le bois lui permet de faire et comme beaucoup a déjà été fait depuis le premier meuble, il existe des risques que le meuble qu'il croit avoir "créé" ait déjà son clone quelque part sur terre.
Un menuisier (si bon soit-il) va se retrouver à agencer des meubles par rapport à un environnement (terrasses en bois, cuisines, placards...) et ne crée rien. Il agence, fait son boulot de bon menuisier.
Un manœuvre aide le menuisier à porter les planches. Le pôôôvre, il ne crée rien du tout et a tout juste le sentiment du travail bien fait à la fin de sa journée.
Voilà, je pense (mais cela n'engage que moi) que tous les "grands batteurs" dont j'ai parlé savent à la fois s'inscrire et jouer dans un cadre très codifié (le jazz, qui implique de connaître les accords, des centaines de morceaux, l'évolution de cette musique, avec des centaines de choses à maîtriser sur l'instrument avant d'oser se produire en public - selon leurs critères - et une exigence poussée toujours plus loin, ne serait-ce QUE POUR TROUVER DU BOULOT ET EN VIVRE, car il n'ont ni subventions ni intermittence, ni des conservatoires qui engagent uniquement sur diplômes !) ET ils peuvent aussi jouer free.
Je vais vous faire hurler en disant : "qui peut le plus peut le moins", mais c'est mon avis.
Tous les mecs cités (j'ai bien fait mon choix, croyez-moi) sont des jazzmen accomplis, respectés par le plus grand nombre, et ils peuvent jouer free avec un discours nourri de toutes les richesses que le carcan leur a appris.
D'accord avec machin sur le fait de désapprendre ! Je disais moi-même que pour tenter de jouer dans le style de Motian (pour l'émission de radio qui lui était consacrée) il fallait désapprendre obligatoirement, cheminement qu'il avait lui-même eu... après avoir maîtrisé tout le langage de Kenny Clarke.
Pour moi (mais, hey, les gars, je ne fais que donner mon point de vue) c'est uniquement de là que naît la profondeur évoquée plus haut... et la personnalité énorme, doublée d'un talent (environnement musical dès la naissance, parents musiciens, connexions neuronales exceptionnelles...) font le reste. Parmi certains, des "élus" (la formule n'est pas de moi, mais de John Riley, éminent pédagogue, lorsqu'il me parlait de Bill Stewart et Ari Hoenig) pousseront un peu plus loin l'avancée du langage sur la batterie.
Je suis certain qu'Ellipse et Captain sont des "gens" intelligents et très créatifs dans leur démarche, mais pour moi, ils ne créent rien. Ils font, comme moi, j'imagine, de leur mieux.
C'est déjà énorme et je ne comprends pas que vous n'ayez pas compris.
Désolé d'avoir remué la branche sur laquelle vous étiez confortablement assis. Même si Pento me trouve prétentieux (je ne t'en veux aucunement car je n'ai jamais été diplomate, c'est mon défaut)
sachez que je suis tellement peu égocentrique et tellement humble en comparaison aux maîtres que j'ai l'honneur d'approcher que j'aurais même souvent tendance à me prendre pour un mauvais.
Mais comme certains musiciens que je trouve plutôt bon font encore appel à moi pour jouer avec eux, je me dis que je suis un bon artisan et que je fais bien mon boulot.
Le seul truc que j'ai vraiment créé : deux enfants, et encore, à moitié puisqu'on était deux.
Vous voyez, je pense que tout cela n'est qu'un malentendu sur des mots : l'innovation, la création.
Mais ce que j'ai vu et lu, c'est que dans vos argumentations, vous avez parlé de ce que vous faites, de ce que vous créez, en me citant au passage le nom d'un type qui "allait très loin", en rejetant Humair qui a tout de même joué avec de sacrées pointures et peut (lui aussi) s'exprimer en free comme, au début de sa carrière, avec Phil Woods.
J'ai donc un peu l'impression que nos visions sont différentes. La mienne vise effectivement haut, très haut, avec un respect inhérent aux musiciens qui ont marqué et marquent encore et je n'en ressens plus aujourd'hui de frustrations. Je suis serein et réaliste.
J'espère sincèrement qu'il en va de même pour vous... Mais si vous avez eu l'impression que je plaçais mon niveau au dessus de celui de qui que ce soit, vous avez fait fausse route. Parrano, frustration, complexe, je ne suis pas psychanalyste. Seulement fils de.
Si je proposais de se retrouver avec des baguettes, c'est uniquement parce que la musique adoucit les mœurs.