"10,000 days" , en référence au nombre de jours pendant lesquels la mère de Maynard James Keenan ( chant ) endure sa paralysie avant de disparaître, arrive dans nos mains en juin Mai 2006.
Déjà le groupe est fidèle à sa réputation au niveau de l'artwork, toujours superbe, ici on a droit à des lunettes intégrées au digipack, permettant de regarder un livret composé d'images stéréoscopiques réalisées par Alex Grey et le guitariste Adam Jones.
Ce n'est qu'après un an d'écoutes régulières que je me décide à faire une chronique, la musique du groupe réclamant pas mal de digestion avant d'être comprise ( ou non ).
Une fois la galette dans la platine, c'est Vicarious qui débute les hostilités, morceau en 5/4 ( mètrique chère au groupe ). On reste là dans ce à quoi le groupe nous avait habitué, un titre qui rappelle les ambiances de l'album précédent ( lateralus ), premier single de l'album, le tout sonne très direct. Vicarious dénonce la dictature des médias (un des rares textes directement compréhensible de Keenan ), en particulier la télévision, la violence qui y est montrée, et l'importance qu'elle a prise dans nos vies. Le déclin de l'humanité, sous toutes ses formes, reste un des thèmes fétiches de Keenan, ici il en profite pour déverser sa colère sur les moutons que nous sommes devenus.
Le jeu de Dany Carey à la batterie reste très sauvage, usant de ses habituels samples, matraquant ses toms pour mieux accompagner Chancelor dans un duo basse-batterie qui restera remarquable tout au long de l'album.
Jambi fait suite à Vicarious, musicalement les choses sérieuses commencent, le groupe va plus loin dans les illusions, les guitares s'amusent avec le duo rythmique, le chant survole le tout avec des mélodie superbes, la voix prend aux tripes. Jambi (province dIndonésie dans le sud de sumatra) est parsemé de polyrythmies, le groupe avait parlé de meshuggah en "influence" pour cet album, et je crois que sur ce titre en particulier cela saute aux oreilles. Carey jongle avec les mètriques, mais avant tout ce sont les placements rythmiques du guitariste Jones qui surprennent. On est dans les hautes sphères, la voix a rarement atteint de tels sommets mélodiques, des mélodies pourtant jamais faciles, vers lesquelles il faut faire un pas avant d'en être récompensé. On reste donc dans l'univers cher au quartet, une musique relativement sombre recelant malgré tout de moments très lumineux, la voix de Maynard y étant pour beaucoup.
Les wings I et II, moment très fort de l'album, annoncé comme l'un des monuments toolien par les journalistes. Un morceau à part dans la discographie du groupe, relatant les 27 longues années de paralysie de la mère du chanteur. 20 minutes hors du temps, mettez ce titre au casque et laissez vous embarquer, la voix se fait horriblement triste, les paroles touchent en plein coeur, on est au delà de la musique. Maynard met toutes ses tripes dans ce titre, véritable hommage à sa mère, à travers des textes d'une intense poèsie il nous conte comment il a soutenu sa mère, son courage jusqu'à ce qui sera l'aboutissement du morceau, sa mort. Musicalement c'est bien sûr très sombre, la basse ronronne avec la batterie , l'orage éclate, la voix murmure,dans un crescendo qui accompagne la souffrance endurée par la paralytique. Le titre explose au moment où Maynard supplie qu'on lui donne " les ailes" nécessaires au départ, la musique illustre parfaitement le texte, l'hommage est superbe, le "give me my wings" est dans toutes les têtes des fans du groupe, d'une intensité émotive comme je pense n'en avoir jamais rencontré ailleurs.
Grand morceau donc, j'en ressors épuisé, rincé, un titre loin du pathos facile, loin de la plainte inutile, juste un hommage émouvant par sa sincérité...
The pot, changement total de climat, intro a capella, une voix surprenante, qu'on n'avait que très peu eu l'occasion d'entendre de la part de Maynard. Le titre est comme vicarious, très direct, il montre du doigt Cam De Leon, artiste ayant travaillé pour le groupe, et se clamant " responsable visuel". La basse est entêtante, un titre très rock, peut être celui qui me touche le moins de l'album. Carey est comme à son habitude très créatif, particulièrement dans un jeu de toms (dont je suis accroc).
Suit lipan conjuring, incantation indienne, interlude qui va laisser place aux délirants "losts keys-rosetta stoned".
Lost keys, une basse crie, un arpège de guitare entêtant s'installe, ça tourne en boucle, puis un dialogue entre une infirmière psychiatrique et un infirmier. On y parle d'un patient totalement halluciné qui refuse de parler; c'est dans "rosetta stoned", le titre suivant que l'infirmière se chargera de lui tirer les vers du nez;
Rosetta stoned est un titre particulièrement complexe, comme toujours la musique est fidèle aux textes. Récit d'une rencontre entre un surveillant de la zone 51 et des extra terrestres, chargé d'humour, de délires LSD ( dont le groupe a jadis été friand pour composer ), ça va dans tous les sens.
Sur ce titre Carey se surpasse, le jeu de chat-souris avec Jones à la guitare, les polyrythmies quasi constantes dont tout le groupe use et abuse, le chant qui se fraie une place hallucinée dans l'ensemble, font de rosetta stoned le sommet "technique" de l'album....
Un titre très difficile à appréhender selon moi, tout est amené pour déstabiliser l'auditeur, un must au niveau batterie, une orgie de polyrythmies, jusqu'à un climax en forme de baffe, lors d'une mélodie superbe assénée par Maynard, qui repart très vite dans les délires obscurs typiques du morceau.
Vient ensuite Intension, interlude poisseux, toujours une basse envoûtante, Carey joue ici des tablas et diverses percussions. Le titre se fait très calme, faisant redescendre la tension après un "rosetta stoned" traumatisant. Ce titre, qui se révèle être un long interlude, est d'une grande force mélodique, la voix prend toujours aux tripes, laissant place un instant à un passage instrumental étonnant pour ceux qui connaissent le groupe. Puis la mélodie reprend sa place, berceuse, amenant l'auditeur vers ce qui sera le final de l'album : " right in two".
Deux anges sont perchés sur un nuage, ils observent les humains. On savait Maynard admirateur du film " les ailes du désir", il relate le même thème dans cette chanson, une des plus mélodiquement fortes de l'album .
La voix dirige le tout, et derrière la très belle mélodie qui caractèrise ce morceau se cache la violence d'une condamnation de l'humanité et de son comportement.
"Se battre à propos des nuages, du vent, du ciel.
Se battre pour la vie, le sang, pour ce qui se trouve au-dessus de nous et pour la lumière.
Se battre à propos de l'amour, du soleil, d'autrui.
Se battre..."
Pendant que Maynard stigmatise violemment nos attitudes, la musique se fait, elle, très discrète, accompagnant humblement le flot mélodique du chant. Le batteur Dany Carey nous gratifiera d'un chorus de tablas en 11/4, qui laissera finalement place à un crescendo menant à un final apocalyptique. Exubérance du jeu sur les toms, encore une fois polyrythmies, soli de guitare, la violence s'instille, pour laisser la voix reprendre ses droits, laissant le morceau s'achever sur la mélodie assassine du refrain.
Pour finir, les dispensables sons glauques et stressants de Virginti tres, cloturent cet album.
Voilà en résumé un album mélodiquement très fort, musicalement bourré de finesse et de complexité. Le tout sonne pourtant peut être plus direct que ce à quoi nous avait habitué le groupe. Tool reste un des groupes qui marient le mieux mélodie et technique, évoluant dans un univers sombre, pourtant habité d'espoir. Grosse mention pour Maynard au chant qui se révèle être un chanteur caméléon, doté d'une habileté à nous pondre des textes très forts, et d'un sens de la mélodie très rare.
Merci d'avoir lu cette longue chronique, et excusez mes mots de "fan", j'ai essayé d'être le plus objectif possible...
TOOL :
Maynard James Keenan = Chant
Adam Jones = Guitare
Dany Carey = Batterie
Justin Chancelor = Basse
10,000 days :
Tracklist
1. Vicarious
2. Jambi
3. Wings for Marie (pt 1)
4. 10000 Days (Wings pt 2)
5. The Pot
6. Lipan Conjuring
7. Lost Keys
8. Rosetta Stoned
9. Intension
10. Right in Two
11. Viginti Tres
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